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a grotte féerique d'Aokas (Béjaia, Algérie) a été découverte en 1962, par hasard, au cours des travaux de percement d'un tunnel.

Le qualificatif accolé à cette grotte peut paraître quelque peu exagéré, mais il suffit de visiter la caverne pour se rendre vite compte qu'il n'est nullement démesuré tant les yeux ne cessent de s'écarquiller devant l'éclat d'une beauté naturelle rarissime ! Un long couloir naturel de
Trois colonnes, dont l'une se distingue particulièrement des autres par sa hauteur et sa beauté, donnent l'impression énorme de soutenir la voûte.
De part et d'autre de la colonne principale, des colonnes engagées les unes dans les autres évoquent, par le dessin de leurs cannelures, des temples bouddhistes, ou encore des châteaux sortis des temps immémoriaux.
Plus loin, la présence d'une petite nappe d'eau apporte une note surréaliste à ce décor fantastique.
Suivant les caprices de la nature, les stalagmites laissent deviner des formes humaines, des formes animales ou des formes végétales. Sous l'effet du clair-obscur que produit la lumière des projecteurs sur les stalagmites, apparaissent comme par enchantement de véritables statuettes ressemblant d'une manière surprenante, tantôt à la vierge et son enfant, tantôt à une procession de femmes kabyles allant à la fontaine, les unes tenant dans les bras leur enfant, les autres portant des cruches à même le dos.
Dans cette féerie générale des formes et des couleurs, l'apparition soudaine d'une fée avec ses habits majestueux, sa baguette magique et son sourire enchanteur, serait chose normale.
Dans
certaines familles de Kherrata, cette coutume se déroule de façon ludique.
Voici comment : au milieu de la grande cour, les femmes sont rassemblées
en arc. Dehors, des hommes accroupis et dissimulés sous un burnous ample
imitent la marche du canard en s’avançant jusqu’au demi-cercle formé par les
dames.

Là,
ils font apparaître sous le grand manteau de laine une rangée de mains droites
que la tante la plus âgée doit examiner une à une en vue de découvrir celle qui
appartient au nouveau marié. Lorsque la vieille parente déclare avoir
formellement reconnu la main de l’heureux élu qu’elle gardera dans la sienne,
les hommes se dévoilent aussitôt pour infirmer ou confirmer le résultat.
En
cas d’insuccès, les femmes sont tenues alors de s’acquitter d’un gage sous
forme d’espèces sonnantes et trébuchantes qu’un représentant désigné à l’avance
— généralement un cousin – est chargé de ramasser.
Les
échecs répétés de « l’investigatrice » ne manquent pas de déclencher
des moments d’hilarité mémorables. Cependant, afin de remplir la cagnotte du
jeune marié, les hommes n’hésiteront pas à tricher. Leur subterfuge se
manifestera de deux manières : sous le burnous, le marié sera absent ou,
s’il faisait partie du groupe, il ne sortirait pas sa main. De ce fait, les
femmes seront d’avance perdantes et la collecte des fonds intéressante.
Quand
la vieille tante s’emparera enfin de la bonne main, la victoire tant attendue
sera saluée par une formidable explosion de youyous et d’exclamations de joie.
La cérémonie du henné pourra alors commencer : assis côte à côte, les deux
jeunes époux tendront leurs mains droites que la brave vieille femme fatiguée,
mais heureuse, enduira de cette substance colorante rouge en entonnant un chant
langoureux vantant les vertus du mariage. De temps à autre, des youyous
entrecouperont cette longue et émouvante litanie.
Les
époux vivront heureux et auront beaucoup d’enfants…
Après
monsieur Tréchet, un Français ambitieux et sévère, candidat malheureux
aux municipales de 1960, le directeur de notre école fut monsieur
Challal Djoudi, un Algérien kabyle dont la nomination à ce poste
éveillait chez la population indigène une certaine fierté.
Monsieur
Challal, en sa qualité de directeur, était chargé de l’instruction des
grandes classes, en l’occurrence le Cours fin d’Études (C.F.E.), dont
je faisais partie. Peut-être était-ce sa bonhomie rassurante, son
appartenance à la culture berbère — ou parce que c’était le père de
notre camarade de classe Bachir – en tout cas, nous étions unanimes
pour dire que « Monsieur Challal était le meilleur maître que nous ayons eu ». Et pourtant, les instituteurs précédents n’étaient pas incompétents, loin s’en faut !
Oui,
monsieur Challal avait des méthodes pédagogiques infaillibles pour
rendre claire la plus alambiquée des leçons. Avec lui, le subjonctif
passé se conjuguait aussi facilement que le présent de l’indicatif ;
l’accord du participe passé ne faisait plus l’objet de confusions ; les
règles complexes de l’orthographe d’usage et grammaticale devenaient
aussi limpides que l’eau de roche ; la mémorisation des dates
historiques relevait d’un simple jeu ; et, en calcul, on trouvait
presque du plaisir à trouver la seconde précise à laquelle un train,
mesurant tant de mètres, roulant à tant km/heure, ayant démarré de
telle ville à telle heure, sortira d’un tunnel mesurant tant de mètres,
se trouvant à tant de kilomètres de la ville de départ...
À
propos de problème, je me souviens d’une séance de calcul mental où
l’intelligence latente de notre camarade Mohamed nous fut révélée d’une
manière spectaculaire. Le calcul mental était un exercice très rapide.
On disposait seulement de cinq secondes pour réfléchir et répondre, sur
les ardoises, à la question qui était toujours une véritable colle. Ce
jour-là, l’énoncé de l’exercice s’articulait comme suit :
« Une
planche mesure un mètre de longueur. On la coupe en trois coups de scie
de façon à obtenir des tronçons de bois égaux. Quelle est la longueur
de chaque tronçon ? »
A la fin des cinq secondes, toutes les ardoises affichaient le même résultat : 33,33 cm. Sauf celle de Mohamed qui indiquait :
« Attention, rira bien qui rira le dernier ! »
Puis, il poursuivit lentement en martelant chaque syllabe :
« Seul -Mo-ha-med-a-trou-vé-la-bon-ne-ré-ponse ! »
À
ces paroles, notre esprit s’éclaira subitement : le système des
intervalles ! Hé oui, les trois coups de scie fractionnaient la planche
en quatre tronçons et non en trois comme nous l’avions tous pensé
précipitamment !