PRINTEMPS BERBERE
29ème anniversaire
du
Printemps berbère


Le
Printemps berbère désigne l'ensemble des manifestations réclamant
l'officialisation de la langue tamazight et la reconnaissance de
l'identité et de la langue berbère en Algérie à partir de mars 1980 en
Kabylie et à Alger.
Il s'agit du premier mouvement populaire d'opposition aux autorités depuis l'indépendance du pays en 1962.
LES ÉVÉNEMENTS
10 mars 1980 :
les responsables du Centre universitaire de Tizi Ouzou annulent une
conférence de l'écrivain Mouloud Mammeri sur la poésie kabyle ancienne.
Les personnes à l'origine de cette décision refusent de s'expliquer —
il s'agirait d'un ordre émanant de l'État.
11 mars : manifestations à Tizi Ouzou, grèves en Kabylie et à Alger.
7 avril :
imposante manifestation à Alger. La répression est féroce et la journée
se solde par une centaine d'arrestations, de nombreux blessés et
peut-être un mort. D'autres rassemblements ont lieu dans plusieurs
villes en Kabylie.
7 avril : début de la grève à l'université de Tizi Ouzou.
8 avril : une autre manifestation converge vers Alger, mais sans réactions violentes des forces de police.
10 avril :
grève générale en Kabylie. Le syndicat étudiant (UNJA) proche du
gouvernement, dénonce des manifestants « téléguidés de l'extérieur ».
17 avril :
dans un discours, le président algérien Chadli Bendjedid déclare que
l'Algérie est un pays « arabe, musulman, algérien », et que « la
démocratie ne signifie pas l'anarchie ». Le même jour, les grévistes
sont expulsés de l'hôpital de Tizi Ouzou et des locaux de la SONELEC.
23 avril : l'université de Tizi Ouzou est prise d'assaut par les forces de l'ordre au cours de l'opération Mizrana.
LES CAUSES
Les
berbérophones représentent de un quart à un tiers de la population
algérienne. Depuis l'indépendance de ce pays, l'arabe succède au
français comme langue officielle. La politique linguistique algérienne
se traduit par une arabisation massive de l'administration et de
l'enseignement.
La
réflexion sur la situation linguistique est d'abord le fait
d'intellectuels expatriés (Taos Amrouche, Mouloud Mammeri et des
membres de l'Académie berbère).
À
l'intérieur du pays, c'est en Kabylie que se trouve la plus importante
concentration de berbérophones. L'université de Tizi-Ouzou, créée dans
cette région en 1977, est un lieu d'échange, y compris sur le plan
culturel. Comme ailleurs, l'organisation de débats et de concerts,
ainsi que la représentation de pièces en langue berbère y sont soumises
à autorisation — par ailleurs souvent refusées.
Le
mouvement se poursuit en faveur des 24 détenus (dont Saïd Saadi,
Mouloud Lounaouci, Mustapha Bacha, Saïd Khelil, Djamel Zenati, Ali
Brahimi , Salah Boukrif...) et parvient à les faire libérer au mois de
juin.
Dès
lors, le mouvement berbère tiens des assises au mois d'août lors du
Séminaire de Yakouren. Il décide de capitaliser l'avancée de ses idées
dans le corps social en multipliant les activités de terrain par la
voie pacifique.
C'est
ainsi que, dès la rentrée universitaire d'octobre 1980, chaque campus
universitaire du centre du pays se dote d'un collectif culturel en
charge de la promotion des activités culturelles berbères en milieu
universitaire. Dès janvier 1981, de nombreux lycées suivent.
Théâtre,
chansons engagées foisonnent et expriment un bouillonnement inattendu
chez les descendants de l'« Eternel Jughurta ». Mais c'est le succès
considérable des "cours sauvages de berbère" animés par Salem Chaker à
la Faculté Centrale d'Alger et par Mustapha Benkhemou à l'Université de
Bab Ezzouar et dans les Instituts de Boumerdès qui pousse les autorités
algériennes à mettre le holà.
Une
grossière provocation policière est le prétexte à l'arrestation de 22
étudiants dont 3 récidivistes (Arezki Aït Larbi, Mustapha Bacha et
Salah Boukrif), ainsi que Mustapha Benkhemou et Abderrezzak Hamouda (le
fils du glorieux Colonel Si El Houas) de M'chounech dans les Aurès.
LES CONSÉQUENCES
Sur
le plan social, le mouvement traduit l'émergence d'une génération
d'intellectuels engagés dans le combat démocratique (Tahar Djaout,
Ferhat...).
Sur le plan culturel, le Printemps berbère brise le tabou linguistique et culturel :
il
est la traduction d'une remise en cause de l'arabisation intensive de
l'administration au détriment du berbère. Cette prise de conscience
identitaire a également touché le Maroc voisin, où ces événements sont
commémorés chaque année par les étudiants berbérophones.
Les Amazighs
Les Amazighs (ou Berbères) sont répartis en différents groupes sur l'Afrique du Nord, aussi appelé Tamazgha, « Terre des hommes libres » :
Les Chleuhs dans la vallée du Souss, le Haut et l'Anti-Atlas (Maroc)
Les Rifains dans le Rif (Maroc)
Le Zayanes au Moyen Atlas (Maroc)
Les Chaouis dans les Aurès (Algérie)
Les Chenouis dans la région du Chenoua (Algérie)
Les Kabyles en Kabylie (Algérie)
Les Mozabites dans la vallée du Mzab (Algérie)

Commentaires