Moussaouer Athmane : Quand le poète retourne à l’école

 

 

Moussaouer Athmane

 

 

Quand le poète retourne à l’école

 

 

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Fils de chahid, de Djermouna et de Kherrata, Athmane se souvient de ce matin du mois d'avril 1965, jour de son départ vers un exil volontaire qui le mènera de l'autre côté de la Méditerranée, en terre française où il élira domicile. Il avait dix-sept ans. Pour tout bagage, il possédait un stylo bic et un bloc-notes Rhodia.

 

Il se souvient de ses deux mères comme il dit : la Mère et la Patrie. Celle qui lui a donné la vie, et sa région natale, celle qui a donné un sens à son existence. Ce fut la première fois que le fils quittait sa mère biologique pour une destination lointaine, et pour une durée incertaine. La brusque séparation du garçon et de sa maman a inspiré à l'adolescent un poème écrit en kabyle, et qui sera interprété par le chanteur Idless Abdel. Traduction d’un extrait :

 

Yemma

 

Laisse-moi partir, ma chère mère

Laisse-moi partir, du fond du cœur

C'est à mon tour de m'exiler

Grâce à Dieu, ta misère sera soulagée

Je pars contre mon gré

Courage, maman, c'est la destinée.

 

Au-dessus des nuages je me suis envolé

J'ai déplié mes ailes de faucon et j'ai plané

Au milieu des plus beaux jardins de Paris,

Ce soir, je vais me poser, si Dieu le permet.

À la fête de l'Aïd, je te le promets,

Je serai revenu et, à nouveau réunis,

notre joie sera embellie

d'ambre et de henné.

 

 

Moussaouer Athmane est devenu un poète et un compositeur ; il manifeste sans cesse un extrême engouement pour la culture et la musique berbère. Cinquante ans après, Athmane revient à Bradma, sa localité de naissance nichée dans la région de Djermouna située à 15 kilomètres du chef-lieu de daïra de Kherrata. Il revient avec une idée lumineuse : organiser à ses frais une grande fête à l’école « Moussaouer Mohand Oulaid et son fils Ahmed » sous l’intitulé de portes ouvertes sur l’environnement et l’éducation.

 

Les noms figurant sur l’enseigne de l’établissement scolaire ne sont autres que ceux de son père et de son frère tombés au champ d’honneur pendant la Révolution algérienne. Si Mohand Oulaid fut commissaire politique dans la région. Il trouva la mort le 28.02.1961 dans une attaque terrestre et aérienne de l’armée française suite à une dénonciation. Les forces en présence étant disproportionnées, l’ennemi disposant de grands hélicoptères à deux rotors dont la forme rappelle une banane, d’où leur nom, pas moins de 29 combattants algériens succombèrent ce jour-là à proximité de l’école en question.

P

our cet événement qui aura lieu le 10 mai à partir de 10 heures en présence des autorités locales et de la population, Athmane a concocté un riche programme destiné particulièrement aux 21 élèves de cet établissement d’enseignement.

Après la levée des couleurs accompagnée de l’hymne national,  il sera procédé par les écoliers et leurs parents à la plantation de deux oliviers dans la cour de l’école en expliquant que cet arbre ancestral est symbole de longévité et de ténacité, car il pousse quelles que soient les conditions. Il représentait la principale richesse de nos grands-parents. Le Coran enseigne que l'olivier est un arbre béni, « l’arbre central », symbole de l'homme universel. Il est l'axe du monde, associé au figuier, il tient le rôle d'arbre sacré du Paradis. Le Prophète aurait dit : « Consommez de l’huile d’olive et frottez-vous-en le visage, car elle provient d’un arbre béni ».

Après la plantation de ces végétaux, on encouragera chaque élève à mettre en terre dans leurs jardins respectifs un arbre fruitier auquel il faudra d’abord donner un nom et ensuite s’engager à l’entretenir comme s’il s’agissait d’une personne.

Puis, la découverte d’un cadre portant la photo de Moussaouer Mohand Oulaid fera l’objet d’une minute de silence avant de donner la parole aux anciens dans un devoir de mémoire pour raconter aux élèves la Révolution algérienne ; les petits étudiants seront conviés à participer à un débat autour de ce thème avec leur instituteur pour une meilleure compréhension de l’histoire de leur pays.

Pour les habitants de Bradma, ce rendez-vous culturel et pédagogique est également une opportunité pour demander aux autorités présentes une aide multiforme en vue de la rénovation de l’école qui est dans un état de vétusté préoccupant.

La manifestation publique se terminera par la distribution de cadeaux à tous les élèves de l’école Moussaouer Mohand Oulaid et fils Ahmed. Il faut rappeler que toutes les dépenses inhérentes à cette journée mémorable seront prises en charge par notre poète qui veut faire rimer le présent avec l’avenir, et faire conjuguer la réalité du passé avec la vision contemporaine.

C’est tout à son honneur et à celui de ses parents, et de tous ceux qui ont œuvré et continuent à agir dans l’intérêt de l’histoire et du progrès. Les mots d’Ibn Khaldoun résonnent encore comme un avertissement : « On ne peut construire le futur sans comprendre le présent ; et on ne peut comprendre le présent sans connaître le passé »…

Lem

 

 



10/05/2015
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